ZERADIO : « LES CRITIQUES DU ROCK » n°3 – JOHN GARCIA

ZERADIO vous propose, parallèlement aux « Live Reports », des critiques d’albums de groupes pas forcément nouveaux ou connus, mais qui méritent largement une place de qualité dans le monde du rock (et pas au Panthéon du rock comme on l’entend souvent : le rock n’est pas à sa place là-bas !).
Aujourd’hui, l’épisode 3 avec l’album « The Coyotte who spoke in Tongues» de JOHN GARCIA !

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Préambule : 3ème chronique (longue cette fois et toujours imaginaire) de ma « fabulous life » à Zeradio

Lundi dernier, je roulais (?) depuis une bonne demie heure, et avais déjà parcouru cinq kilomètres en sortant de Rouen. Ça allait plutôt bien donc… Sauf qu’il ne me restait que dix minutes pour me rendre à Val-de-Reuil, oui, à ZERADIO, ma seconde maison !

Mille voitures devant, mille voitures derrière, je me demandais pourquoi je prenais encore l’autoroute. Eh oui, mon vieux break Oldsmobile Vista Cruiser de 1970 ne roulait pas à plus de 55 miles per hour maxi (90 km / h), surtout dans les belles descentes. Peut-être aurais-je pu le pousser à la vitesse folle de 65 miles, mais sa consommation aurait approché celle d’Apollo V, et il se trouve que l’idée de tracter une citerne de carburant ne me tentait guère.

Oui, évidemment, j’aurais dû avertir ZERADIO de mon retard pour co-animer (l’EXCELLENTE) émission ROCKPLUS… Mais j’avais explosé mon phone le matin même en me baissant pour enfiler très difficilement mes santiags. OK les comiques, j’aurais pu acheter des tongues de plage, mais je n’aime pas le mainstream californien, ça vous va ?

J’arrivais donc à ZERADIO avec seulement trente minutes et vingt secondes de retard, et la fatigue s’évanouissait toujours à l’idée de co-animer ROCKPLUS avec mon pote THIERRY, et de vous retrouver, chers auditrices et auditeurs. J’entrais dans le studio sur la pointe des santiags pour passer inaperçu ne pas perturber l’émission, mais THIERRY m’a évidemment balancé : « Tiens, mais voilà SIR LE NOSTRE* en personne qui nous rejoint enfin ! J’espère que t’as un mot du docteur cette fois-ci ! »

Je bafouillais, ne pouvant à la fois trouver la meilleure blague du monde et régler le casque qui venait d’éclater mes tympans… Au moment où j’étais prêt, je me prenais les pompes dans un support de caméra et un fil de projecteur. Perdant toute élégance (c’est-à-dire à quatre pattes), j’arrivais à me désemmêler pour enfin prendre un air digne devant Periscope… Curieusement, je déplaçais ce matériel à chaque émission, et il revenait spontanément toujours au même endroit… Phénomène paranormal ?

THIERRY, alias LA TRUTE**annonça alors un titre. Comme d’habitude, du heavy/hard/dark/stoner metal (oui, loin de SPAARKLES***on est d’accord), ou de la progressive music des années 70/80.

Après avoir dit qu’il avait découvert un titre avant tout le monde et qu’il avait vu six fois le groupe en concert, la première fois en 1971 (à l’âge de cinq ans donc), il communiqua avec PIERRE, notre technicien préféré, en le pointant du doigt et en disant « allez, on lance ». Un vrai pro quoi.

THIERRY sait aussi trouver des pépites inconnues, dont certaines auraient VRAIMENT dû le rester. Aucun rocker n’est parfait. Sauf que c’est toujours dans ces moments-là qu’il se tourne vers moi en me demandant « qu’est-ce que tu penses de ce titre Jean-Christophe ? ». Répondre brutalement que ce morceau aurait dû rester là où était sa place (aux toilettes) n’était pas charitable pour THIERRY… Je bafouillais donc d’une voix faible « oui, c’est pas mal », honteux d’être aussi faux-cul…

Mais THIERRY est surtout un véritable érudit du Rock : je l’admire car il est capable de citer tous les noms des membres de tous les groupes, avec leurs années de présence dans leurs différentes formations. Le résultat de dizaines d’années de lectures rock, l’écoute de milliers d’albums…Et d’une passion sans borne pour le rock ! Je le respecte aussi pour avoir été l’animateur n°1 de l’émission connue mondialement « RÖKNAZE » pendant trois semaines il y a 17 ans aux States en Moldavie ! Dommage qu’il ait été remercié pour « manque de discernement », n’ayant pas bien compris et assimilé toutes les qualités du gouvernement en place. Cela dit, il est vraiment sympa, son érudition sans faille, et en plus, tous les deux, on se marre bien sur ROCKPLUS et je pense avec fierté humblement que cela s’entend.

PIERRE est le -jeune- technicien du studio. Un mec bien, lui. Toujours souriant et de bonne humeur, on se demande vraiment pourquoi on l’a emprisonné derrière une grande vitre face au studio… Nous communiquons grâce à un talkie-walkie d’une marque générique d’il y a 30 ans…Bref, nous hurlons pour nous entendre, sans succès ; nous utilisons donc le plus souvent de grands gestes qui nous vaudraient, si ça n’était pas l’émission de dingues ROCKPLUS, des séances d’électrochocs en hôpital psychiatrique.

En face de PIERRE, de belles consoles comportant plus de boutons et potards (potentiomètres) qu’un tableau de bord d’avion de chasse. PIERRE semble s’y retrouver, ce qui suffit à prouver qu’il est bon ! C’est le troisième larron de notre gang, quoi ! Cela dit, il le regrette peut-être… Je n’ose d’ailleurs pas lui poser la question…On ne sait jamais…

Et puis, il y a KARINE, sympathique et toujours souriante ; son seul défaut est d’être la femme du patron. Comme lui, très investie à ZERADIO ; toujours présente, elle passe toutefois régulièrement la tête dans le studio en pleine émission pour nous prendre en photo. Non mais c’est vraiment le bazar dans ce studio ! Et pourquoi pas faire venir un marchand de glaces ! En plus, Karine pourrait nous prévenir pour les photos, THIERRY et moi aurions le temps d’aller chez le coiffeur, et nous faire des injections de Botox. Malgré le plaisir que nous avons de nous sentir à ce moment des radiostars (eh, ne riez pas, on vous entend d’ici), j’ai toujours la crainte qu’elle balance ces photos sur le Net, ou, pire, sur le canard (très) local traitant de nécrologie (une science exacte) et d’animations de dimension mondiale. Karine anime aussi des émissions culinaires sur votre WebRadio, apportant ainsi les recettes éternelles de notre cuisine nationale (kebabs, pizzas et hamburgers) partout dans le monde, et contribuant par là-même au rayonnement de la France.

Ma présentation purement subjective et bavante de l’équipe étant terminée…pour cette fois-ci (ouarf, ouarf), je vous propose maintenant la critique de l’album de Mister GARCIA.

*mon surnom, dont m’a affublé Thierry
**surnom que j’ai trouvé pour Thierry, pour me venger
***SPAARKLES, groupe de Thierry, EP en vente, 5€ (contact : ZeRadio)

 

 

JOHN GARCIA – “The Coyote who spoke in Tongues”

john

John GARCIA n’est pas un inconnu. Il a 46 balais, et n’en est pas à ses premières expériences musicales ; je dirai même que sa carrière est un peu touffue pour le commun des rockers, et qu’un récapitulatif s’impose.

John GARCIA est né en 1970 en Arizona, Etat américain aux paysages et au climat assez éloignés de la Normandie… Mais c’est à Palm Beach, en Californie, que GARCIA fonde un groupe avec deux potes d’école, groupe qui s’appellera SONS OF KYUSS et qui sortira un album de même nom en 1990, uniquement sur support vinyl ! Décalé et gonflé ! John GARCIA est au chant, Josh HOMME à la guitare, et Brant BJORK à la batterie.

Peu de temps après, sous le nouveau nom de KYUSS, le groupe sort un nouvel album, premier d’une série de quatre, de 1991 à 1995. Le groupe est considéré (avec MONSTER MAGNET et SLEEP quand même) comme l’initiateur du mouvement Stoner Rock. Le Stoner Rock ? Difficile à définir : globalement un heavy rock (lourd, simple, répétitif et parfois assez lent –BLACK SABBATH), associé à de la Prog Music (synthé, mélodie), et parfois un soupçon de Blues.

En 1996, KYUSS splitte et chacun poursuit sa route musicale. BJORK rejoint FU MANCHOU, HOMME met sur pied QUEENS OF THE STONE AGE. Pour sa part, GARCIA fonde SLO BURN, qui sort un seul Ep en 1997, « Amusing the Amazing ». GARCIA poursuit en créant UNIDA, toujours du Stoner Rock, qui sortira un Lp « Copy with an Urban Coyote ». Pour l’anecdote, un second Lp est enregistré et gravé à très peu d’exemplaires, mais, à la suite de « soucis » avec la maison de disques (comme d’hab…), cet album ne sortira jamais. Les quelques exemplaires, distribués pendant la tournée du groupe, ont dû devenir des (vrais) collectors à mon avis…

En parallèle, GARCIA rejoint en 1998 le groupe HERMANO, créé par un certain Steve « Dandy » BROWN, groupe ayant déjà quatre albums à son actif.

Fin 2005, après huit ans de séparation, John GARCIA rejoint sur scène Josh HOMME lors d’un concert de QUEENS OF THE STONE AGE, groupe créé par Josh. Ils interprètent ensemble à cette occasion trois morceaux incontournables de KYUSS, mais… la rencontre s’arrête là.

En 2010, GARCIA reprend des titres de KYUSS avec trois nouveaux musiciens sous le nom de GARCIA PLAYS KYUSS (quelle imagination…), groupe qui tourne sur différents festivals dont le Hellfest. C’est pendant cette tournée qu’il retrouve son ancien batteur Brant BJORK. Quelques semaines plus tard, ceux-ci s’associent avec d’anciens musiciens de GARCIA, Bruno FEVERY (guitare) et Mike DEAN (basse) pour former KYUSS LIVES ! Ils sortent un album en 2013, « Peace », en changeant leur nom en VISTA CHINO. Vous suivez ?

En 2014, John GARCIA sort un premier album solo enregistré en…2008 « Garcia vs Garcia ». Silence radio jusqu’en janvier 2017, avec la sortie de l’excellent deuxième album solo « The Coyote who spoke in Tongues », toujours signé John GARCIA, objet de présente critique.

L’album a une belle pochette : elle représente GARCIA adossé à une belle bagnole vintage américaine, en train d’allumer sa clope, seul devant un paysage désertique comportant des montagnes au loin : toute la symbolique de la « New Frontier » américaine sur une route poussiéreuse cheminant vers l’inconnu… Le vrai « Desert Rock » (autre nom donné au Stoner Rock, mais avec une consonance « grands espaces du sud des US »).

L’album propose de nouveaux arrangements acoustiques de titres de GARCIA en solo et de KYUSS. A cette occasion, John GARCIA est accompagné d’Ehren GROBAN à la guitare acoustique, de GREG SAENZ aux percussions et MIKE PYGMIE à la basse. Manifestement, cet album a demandé beaucoup de travail, et GARCIA déclare à son propos « ceci est l’album le plus important de ma carrière et un vrai défi à réaliser, mais il vaut chaque minute de sueur ! »

Qu’en est-il vraiment ?

1er titre, Kilye : une guitare sèche au son brut et au rythme répétitif et rapide, et, tout de suite, la voix de GARCIA, assez haute, qui donne l’impression d’être toujours « à fond », mais en gardant toujours une réserve. La mélodie du refrain est tonique, imparable, tout comme le break slowly au coeur du titre, avec un synthé discret sur une seule note, et un tricotage de la guitare acoustique, accrocheuse. Six minutes, mais compte tenu du rythme et de l’efficacité du titre, j’ai cru qu’il était très court. Rien à dire, ça démarre très fort…

2ème titre, Green Machine : titre plus lent, voix plus douce, sensible de GARCIA, gratte sèche toujours répétitive qui accélère et devient plus complexe lors du refrain, à la mélodie encore imparable. Ces mélodies sont étonnantes par leur nouvelle fraîcheur, simples mais addictives, sans donner, comme souvent, une impression de « déjà vu » (non, pas le Lp de C,S,N &Y). Titre court, 3mn, mais tout est dit…

3ème titre, Give Me 250 ML : une guitare qui sonne comme deux qui me fait un peu penser à certains titres de John BUTLER par son jeu et sa façon d’occuper tout l’espace. Un final sec. Un titre encore court, urgent, John GARCIA va droit à l’essentiel, et garde juste le très bon pour chacun de ses titres, pas plus, pour le plus grand plaisir de ses auditeurs ! Le passé Punk Rock de GARCIA (urgence, titres courts) remonte légèrement à la surface.

4ème titre, The Hollingsworth Session : guitare plus douce et sensible, accompagnée d’un piano discret, utilisé comme une ligne de basse répétitive, les deux accélérant tranquillement ; le refrain est peut-être un peu moins inspiré que les autres, mais le chant de GARCIA est toujours parfait ; un final magnifique… Une note de piano qui résonne quelques secondes. Fin.

Un must.

5ème titre, Space Cadet : La guitare acoustique fait encore des merveilles, son apparente simplicité est efficace. La voix de GARCIA est un peu plus haut perchée, mais douce et sensible ! Un orgue discret, en arrière, mais qui apporte une douceur accrue au titre. La voix s’éteint doucement en fin de morceau, restant dans le registre sensible.

6ème titre, Gardiena : guitare douce qui tourne, et voix « sensuelle » de GARCIA : étonnant comment ce mec est capable de chanter de façon sensible et souple, ou avec ses tripes, avec une voix « forcée ». Sympa, mais pas le meilleur titre du LP.

7ème titre, El Rodeo : intro synthé ou vrais violoncelle et violons (le son est très bon) ; silence et arrivée de la guitare, hispanisante, mi mélancolique mi menaçante, et à nouveau intervention du synthé / cordes, puis accélération de la gratte. La voix de GARCIA est à fond la caisse mais sans l’impression de forcer, toujours expressive et se permettant des nuances bienvenues. Séquences alternées gratte et synthé. En final, les mots « rodeo » sont répétés, arrêt de la gratte et extinction très douce du synthé. OK, bon boulot.

8ème titre, Argleben II : ça veut dire quoi, ce titre ? La tête baissée de honte, je vous avoue que je n’en sais rien. Si quelqu’un a une idée, qu’il appelle ZeRadio, il obtiendra toute notre reconnaissance, un vrai cadeau du cœur, quoi…

Intro lente ciselée à la guitare, arrêt, puis reprise et la voix toute en nuance de GARCIA qui apparaît un peu « en fond » pour revenir sur le devant, plus puissante. Disparition progressive de la guitare. Titre tempéré mais juste.

9ème et dernier titre, Court Order : guitare travaillée et efficace, comme d’hab. Puis accélération « du cheval », ou de la bagnole vintage, c’est idem dans l’imaginaire Desert Rock… Changement de rythme, quelques notes d’un piano très éloigné, cela suffit : « cheval au pas ». Seul titre où il n’y a pas de chant, une démonstration de savoir-faire à la guitare, mais justement sans démonstration ; la technique est là, au service de la seule sensibilité. La bagnole américaine s’arrête en plein désert pour la nuit.

Conclusion : une excellente surprise, vraiment ! Un Lp de grande qualité : aucune esbrouffe, que de l’émotion qui nous emmène dans l’univers de GARCIA, ici le désert américain.

Des mélodies fantastiques, que j’ai rarement entendues dernièrement, qui accrochent immédiatement notre attention : un régal. Un grand grand chanteur GARCIA. Et le guitariste Ehren GROBAN n’est pas en reste : émotion, sensibilité, vitesse, répétitivité hypnotique, mélodie. Vous voudrez tout de suite réécouter l’album tellement c’est bon, beau, évident, évidemment bon et beau. Les jeux de guitare sont superbes, justes, techniques mais restant simples (pas évident…) pleines de sensibilité. La voix assez haut perchée, originale, puissante ou nuancée, très mélodique et expressive dans les deux cas.

Le Stoner Rock en acoustique ? Vous croyez ? Oui, oui, et je suis frustré de ne pas pouvoir partager immédiatement cet album avec ceux qui ne le connaissent pas : nous n’avons pas souvent l’occasion d’être aussi enthousiaste après l’écoute d’un nouvel Lp aussi original que bon. Bref, vous achetez. Vite. Le plaisir n’attend pas, non ? Bon, je vous laisse, je suis pressé ce soir. Désolé. Je dois réécouter cet album au plus vite. Bye bye !

Le 4/02/2017
Jean-Christophe Leroy

Auteur : David ZeRadio

http://www.seine-eure.zeradio.net

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